Guide éditorial
CARMF : la retraite des médecins libéraux expliquée
La Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) gère la protection sociale vieillesse de près de 130 000 médecins libéraux actifs et verse des pensions à environ 75 000 retraités. Son architecture en trois étages distingue régime de base, régime complémentaire et régime des allocations supplémentaires de vieillesse.
Un régime obligatoire pour tout médecin libéral
Tout médecin exerçant en France une activité libérale, même accessoire ou de remplacement, doit s'affilier à la CARMF dans le mois suivant son installation. Cette obligation découle du code de la sécurité sociale et concerne aussi bien les omnipraticiens que les spécialistes, qu'ils soient conventionnés ou non. L'affiliation entraîne le versement de cotisations calculées sur les revenus non salariés de l'avant-dernière année, avec une régularisation l'année suivante. La CARMF couvre trois risques : la vieillesse, l'invalidité-décès et, depuis 1962, les prestations supplémentaires de vieillesse pour les praticiens conventionnés. Les médecins salariés relèvent en revanche du régime général et de l'AGIRC-ARRCO. Pour les médecins en cumul emploi-retraite, l'affiliation demeure obligatoire, mais les cotisations versées ne génèrent plus de droits supplémentaires depuis la réforme de 2009, sauf cas particuliers ouverts par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2023.
Trois régimes superposés
Le régime de base, commun à toutes les professions libérales et géré pour le compte de la CNAVPL, repose sur un système de points : la cotisation s'établit à 8,23 % jusqu'à 1 PASS, puis 1,87 % entre 1 et 5 PASS en 2024. Le régime complémentaire vieillesse, propre aux médecins, prélève 9,8 % sur les revenus compris entre 0 et 3,5 PASS et constitue la part la plus substantielle de la pension future. Enfin, l'allocation supplémentaire de vieillesse (ASV) ne concerne que les médecins conventionnés : les deux tiers de la cotisation sont pris en charge par l'Assurance maladie, ce qui constitue un avantage notable du conventionnement. La valeur du point complémentaire atteint 81,82 euros en 2024, celle du point ASV 13,50 euros pour les points acquis depuis 2017.
Âge de départ et montant des pensions
L'âge légal de départ suit le droit commun et progresse vers 64 ans dans le cadre de la réforme de 2023. Le taux plein s'obtient à 67 ans ou par la réunion du nombre de trimestres requis selon la génération. La CARMF autorise un départ anticipé dès 60 ans avec décote, ou différé jusqu'à 70 ans avec surcote. La pension moyenne servie par la CARMF s'établit autour de 33 000 euros bruts annuels, tous régimes confondus, soit l'une des plus élevées parmi les caisses libérales, conséquence directe de cotisations elles-mêmes plus lourdes. Les écarts demeurent toutefois marqués selon la spécialité, la durée de carrière et le secteur d'exercice. Le cumul emploi-retraite, plébiscité dans un contexte de pénurie médicale, concerne désormais plus de 13 000 praticiens, soit environ un retraité sur six.
Une caisse confrontée au choc démographique
La CARMF affiche un ratio démographique encore favorable, avec environ 1,7 cotisant pour un retraité, mais cette situation se dégrade. Le numerus clausus appliqué pendant trois décennies a réduit le nombre de jeunes installés, tandis que les départs en retraite des générations issues des années 1970 s'accélèrent. La caisse a anticipé cette tension en constituant des réserves substantielles, supérieures à 7 milliards d'euros, permettant d'absorber les déséquilibres temporaires. Plusieurs ajustements paramétriques ont été opérés depuis 2017 : relèvement progressif de l'âge d'attribution du taux plein du régime complémentaire, modulation des cotisations ASV et révision du rendement des points. Le débat sur l'intégration éventuelle dans un régime universel, écarté en 2020, ressurgit périodiquement sans aboutir.
Comprendre le fonctionnement de la CARMF suppose d'identifier la superposition de ses trois régimes, dont les paramètres évoluent régulièrement. Pour le médecin libéral, l'arbitrage entre âge de départ, cumul emploi-retraite et rachats de trimestres conditionne le niveau de pension. Une simulation personnalisée auprès de la caisse, possible en ligne, demeure l'outil le plus fiable pour anticiper sa fin de carrière.